Création pour les grands espaces, les salles de théâtres, et pourquoi pas les opéras et les salles de musique.
Objectif 2012-2013
Ecriture, résidences principales et premiers essais publics en 2012, premières représentations à l’hiver 2012-2013, résidences finales et suite des représentations printemps-été 2013.
NUITS D’HÉLIOTROPES (Comme un cœur qui bat)
Un spectacle-chronique, spectacle-fragment dans l’esprit de « Page Blanche », ou « 360° à l’ombre ». Le principe d’élaboration de notre nouveau projet de spectacle reposera sur un assemblage de chroniques et de fragments poétiques traduits dans notre langage de scène. Je dis bien « traduits » car, en tant que textes, leur trace d’origine aura, peut-être, pour certains d’entre eux, entièrement disparu à l’issue de la création. Alors, c’est l’image plastique qui surgira, quand la parole ne saura plus dire. A l’inverse, certains autres textes auront peut-être survécu à la transformation et affleureront, pour se nourrir, à la surface des images et de la musique. Des textes, dont le silence, sorte de fluide entre les mots et qui traverse la parole, jouera son rôle ; des textes comme autant de regards, courts, tranchés, que je porte sur le monde et que nous croiserons avec celui du public pour y confronter nos visions respectives et nos usages du monde.
Chroniques-regards-éblouis sur la beauté du monde, chroniques-regards-hagards sur l’absurdité de notre usage du monde, chroniques-regards-curieux sur d’autres visions du monde, de celles qui nous font parfois définitivement changer les nôtres. Cette fois, c’est en particulier, mais sans exclusive sur le thème de l’Amour que se portera notre attention; et puis de la Mort également, mais du Temps aussi, le Temps qui fige, et puis le Temps qui passe. Et non, rien de moins ! Chroniques ou fragments qui, au gré de nos expérimentations scéniques (avec 7 artistes plasticiens, comédiens et musiciens, autour d’un auteur-metteur en scène et d’un compositeur) et après quelques mois de recherche, d’essais et autres répétitions, se mueront en images de scène ; images qui, exposées aux contraintes de la représentation théâtrale poseront d’emblée la question du statut des images aujourd’hui. C’est, depuis les débuts, notre plaisir que de nous poser ainsi ce défi dans l’espace public.
Pour traduire ces textes, des moyens relativement sommaires entre bricolage et technologie fine, et une manière particulière de mettre l’image plastique en représentation ( par exemple, jamais de coulisses ; les écrans, quelle que soit leur forme se posent en protagonistes des comédiens) où le vivant prime toujours (jamais d’enregistrement vidéo ni sonore) et où le geste plastique, nu, de sa naissance à son aboutissement, exécuté au vu et au su du spectateur, fait partie intégrante de l’image elle-même, comme pour lui donner un surcroît de sens. En complément de l’image plastique (le jeu des ombres, la peinture, la calligraphie, la vidéo, etc), il y aura la voix des acteurs et des plasticiens qui distilleront ce qui , du texte d’origine, aura survécu au processus alchimique de la création, sous la forme d’un chant ; dit, scandé, psalmodié, et bien sûr la musique vivante, omniprésente. Le traitement vocal et musical en général fera l’objet d’un travail particulièrement approfondi pour se fondre absolument dans le déroulé des images.
Le tout sur un grand plateau, (environ 10 m d’ouverture, 6 à 7m de profondeur et de 7 à 8m de haut) à plusieurs niveaux de hauteur, mais aussi de profondeur, et des toiles, écrans tendus en miroir à la voûte céleste ou aux cintres du théâtre. Pas de mise en scène proprement dite, pas de déambulations chorégraphiées mais plutôt la mise en image de déplacements utilitaires d’artistes et de techniciens. Nous apporterons un soin particulier à l’étude du rapport scène-salle en envisageant le maximum d’hypothèses, y compris (pour les salles qui le permettront) celle d’une libre déambulation (à 360° autour de notre scène).
Une création continue, un nouveau projet pour ne pas interrompre un dialogue que nous voulons permanent avec le public, car nos spectacles, ceux qui sont fabriqués sur ce mode n’ont jamais, à proprement parler, de fin bien définie. Ils s’interrompent toujours là où il peut être tentant de les relancer en un dialogue toujours renouvelé avec le public. D’ailleurs, que seraient des visions de théâtre qui ne se confronteraient pas à celles du spectateur, dans un échange continu ? Je crois profondément que l’œuvre au théâtre, non seulement n’est jamais achevée à la signature du texte, de la partition ou de l’élaboration des images de scène, voire à la fin de l’ultime répétition mais ne commence sa cahotante existence qu’à l’occasion de sa première confrontation avec le public, telles certaines molécules s’enflammant au seul contact de l’air. C’est à la conjonction des regards de l’artiste et du spectateur que se forme l’image de théâtre telle que nous aimons à la susciter, une image toujours inédite, toujours insoupçonnée.
Pour exemple, voici l’extrait d’un fragment en cours d’écriture*:
« …Te souviens-tu, amour, de nos nuits d’autrefois ? Quand l’impétueux déchaînement de nos sens nous laissait pantelants, écartelés dans un tourbillon d’escarbilles . Une flaque d’or affleurait à la surface froissée de la soie de nos draps où venaient s’abreuver des oiseaux rouges au bec transparent s’ébrouant dans un frisson d’étincelles.
Depuis, les remous d’un temps brouillé ont dérobé ton corps à mes étreintes, m’ont broyé sans pitié et dispersé mes os sur de vagues rivages.
Depuis, je n’ai plus senti friser l’écume du désir aux rives asséchées de mes lèvres et l’air, autour de moi, n’a plus jamais vibré du flux du sang dans ton cœur.
Elle s’est tarie depuis, la fontaine fleurie de tes cheveux d’eau douce.
Nous ne nous aimerons plus sur les pelouses bleues de trèfle, accordant nos soupirs sur le friselis des peupliers trembles.
Nous ne nous aimerons plus contre les murs des villes, à leur ombre complice.
Nous ne nous aimerons plus à même les planches disjointes d’un vieux parquet de bal incrusté d’éclats de fête.
Qu’attendre alors du vent rugueux des matins rauques ,
Qu’attendre alors de la caresse des nuits tièdes, de leur lot d’indécis stratagèmes,
Qu’attendre alors du franc sourire de l’aube,
Qu’attendre alors du souffle haletant du printemps, des touffeurs de juillet, des sources de l’hiver qui fluent à l’équinoxe ?
Qu’attendre alors…Qu’attendre… ?
…Attendre, peut-être, que me hantent les ombres pétrifiées et les reflets éteints, les échos en lambeaux ...de nos nuits d’autrefois… »
*Il est à noter que la rédaction de ces chroniques ou fragments poétiques ne se fera pas pour cette occasion précise ; elle fait partie d’une démarche parallèle et continue de ma part, indépendamment de toute occasion de spectacle. Ceux qui seront retenus pour figurer au programme de ce nouveau projet feront donc plutôt l’objet d’une sélection…En fonction de leur faculté à s’assembler, à se compléter, s’emboîter et surtout de leur disposition à former un ensemble cohérent et homogène.














